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Danseurs urbains et institutions se sont rencontrés

Il y a quelques mois, l’association des danseurs urbains francophones de Belgique a organisé une rencontre avec les institutions francophones de notre pays pour leur présenter un état des lieux de la danse urbaine.

L’intégralité de ce dossier est disponible en téléchargement pour ceux qui voudraient le consulter : https://www.impulsion-dance.be/images/photos/blog/etat-des-lieux/Etat-des-lieux-de-la-danse-urbaine-en-Belgique-francophone.pdf

1re pageCette rencontre organisée au Kanal - Centre Pompidou fut un réel succès tant par la mobilisation des danseurs urbains que par celle des institutions représentées.

La première réussite de cette initiative est certainement la capacité des danseurs francophones à se fédérer pour dresser ce bilan en s’y attelant de manière participative. Il est donc important de rappeler que cette initiative est intégralement portée par l’ensemble de la communauté et non par une association particulière.

Ensuite, il semblerait qu’on ait été écouté et que certaines institutions soient prêtes à ouvrir la discussion avec nous. Le ministère de la Culture de la FWB nous a proposé une rencontre avec le cabinet et l’administration ce jeudi 5 décembre. Sept représentants du mouvement s’y rendront.

Dans la suite de cet article, nous allons vous résumer ce qui était ressorti de l’état des lieux ainsi que de la dernière réunion qui a rassemblé plus de 20 représentants de la danse urbaine pour discuter principalement de la forme que prendra ce groupe de réflexion.

Première partie : Paysage de la danse urbaine en Belgique francophone

Depuis le début de la scène hip-hop, il y a une communauté active et talentueuse qui fait vivre le mouvement et représente la Belgique au niveau international. C’est grâce à toutes ces générations de danseurs que le mouvement est toujours présent aujourd’hui. Parallèlement à cela, de plus en plus de structures émergent et depuis 3-4 ans, on sent une nouvelle dynamique au niveau des structures autonomes qui se mettent en place ; signe d’une vitalité importante dans la paysage culturel.

Malgré cette activité croissante, les danseurs ont le sentiment de recommencer à zéro à chaque nouvelle génération et de ne pas pouvoir profiter des acquis des autres générations en termes de vision structurée du mouvement. Ce qui est un frein évident à leur professionnalisation et au développement même de la discipline.

Au final, une certaine transmission s’est effectuée en termes d’inspiration, de motivation, de connaissances et de techniques. Très peu en termes de structures.

Toutefois, ces dernières années, quelques ouvertures intéressantes et marques de confiance sont à noter pour certains acteurs du milieu.

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Deuxième partie : Comparaison avec nos voisins : la France et la Communauté néerlandophone de Bruxelles

On le sait, comparaison n’est pas raison. Cependant, nous posons ce constat d’après nos propres repères. Nous n’avons pas la prétention d’établir un comparatif en dehors de ce que qui constitue notre vécu. D’où le choix de la mise en perspective avec les cas français et néerlandophone.

  • Aucune infrastructure d’accueil pour les danseurs urbains. Les seuls lieux bruxellois que les danseurs urbains fréquentent régulièrement pour leurs activités sont des lieux flamands. Pianofabriek, Zinnema, Urban Center, Beursschouwburg, KVS … Nous ne disposons donc pas de lieux propres ni partagés en Fédération Wallonie-Bruxelles vers lesquels nous pouvons nous tourner pour répéter, créer, organiser, développer et encore moins diffuser ce que nous faisons. Quelques portes s’ouvrent grâce à la bonne volonté de certains directeurs de Centres culturels ou maisons de jeunes davantage à l’écoute, mais cela ne découle pas d’une réflexion globale.
  • Evènements de moins grande ampleur que chez nos voisins tant du point de vue du prestige que du nombre de spectateurs. Il est difficile de comparer une compétition du type Juste Debout (en France) ou même Brussel Danst (par la Communauté néerlandophone) avec ce qui est organisé en FWB.
  • L’aide au développement de projets est beaucoup moins présente que celle présente chez nos voisins flamands et français, se coupant ainsi du dynamisme des porteurs de projets culturels et artistiques de la communauté des danseurs urbains. En conséquence, cette énergie est récupérée par les projets néerlandophones ou étrangers.

Les Néerlandophones représentent +- 7% de la population bruxelloise, mais leurs structures physiques et institutionnelles ont plus d’impact sur la communauté des danseurs urbains bruxellois que celles présentes du côté francophone.

  • L’impression d’une aide qui repose sur la sensibilité personnelle à la culture urbaine des responsables institutionnels au lieu d’émaner de stratégies globales et de réelles politiques culturelles.

Malgré les efforts consentis par les institutions, le rayonnement sur l’ensemble de la communauté est sensiblement inférieur à ce qui se passe chez nos voisins. Cela s’explique probablement par une stratégie culturelle différente.

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Troisième partie : Comment expliquer un tel décalage ?

Bien entendu, l’argument de la différence de moyens sera évoqué. Nous ne désirons pas nier cet argument qui est une réalité, mais nous pensons fermement qu’il serait réducteur d’expliquer ce constat par cet unique facteur.

A) Saupoudrage et vision à court terme
La grande majorité de ce qui est organisé en FWB dans la danse urbaine repose sur une logique d’évènements isolés sans ligne directrice ni vision d’ensemble. Rien de structurel (tant au niveau des projets que des moyens) n’est véritablement mis en place, ce qui empêche un vrai développement du milieu. Il en résulte une superficialité et un caractère éphémère des actions menées.
Le milieu de la danse urbaine a besoin d’une vision à long terme.

B) Déconnexion de nos besoins et de notre réalité
La complexité institutionnelle n’offre aucune lisibilité de son mode de fonctionnement ni des services vers lesquels nous devrions nous tourner pour développer nos projets. Cela s’explique notamment par l’hypersegmentation du système qui rend toute fonction d’information et d’orientation complètement inopérante. Nous nous retrouvons au milieu d’une partie de ping pong institutionnel (FWB ?, Région ?, Commune ?, Jeunesse ?, Culture ?, Education Permanente ?, Cohésion sociale ?, Sport ? ...) qui ne mène généralement à rien. Les seules structures existantes qui sont mandatées pour faire le lien avec notre communauté : Jacques Franck pour le projet tremplin hip-hop (40 000 €/an + emplois ACS) et Lézarts Urbains (350.000 € de budget/an + emplois ACS) font leur possible, mais ne suffisent pas et ne proposent que du ponctuel pour la très grande majorité des acteurs (festivals, animations …) ainsi que des projets qui ne sont pas toujours en adéquation avec les aspirations des acteurs du mouvement.

C) Manque de dynamisme, de réactivité et de flexibilité
Au contraire des institutions néerlandophones, les institutions francophones apparaissent généralement très figées et extrêmement lourdes dès que nous voulons tenter de collaborer avec elles. Cela engendre ainsi un décalage avec le mouvement duquel nous sommes issus où la réactivité et la flexibilité font partie de l’ADN.

D) Manque de maillage entre les gens du bas (qui incarnent le mouvement) et ceux du haut (les institutions)
Nous faisons vivre cette culture, mais nous n’avons pas le droit de penser son développement. Il y a la nécessité de construire avec la communauté et ses représentants et éviter de penser à notre place. 

Enfin, nous devons fonctionner avec les codes du système en place sans qu’il n’y ait d’adaptation ou le moindre intermédiaire qui permette de faire le lien entre leurs codes et les nôtres. Au final, cela confère un mode de fonctionnement très élitiste et inaccessible pour la plupart des danseurs urbains.

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Quatrième partie : Quelles répercussions sur la danse urbaine et sa communauté ?

A) Gâchis de talent
En 40 ans d’activités, peu de danseurs urbains ont réussi à développer une réelle activité professionnelle sur base de leurs compétences artistiques. Un artiste évoluant dans cette discipline a quasiment aussi peu de chance d’y arriver aujourd’hui qu’il y a 40 ans. Autre constat, les compétences, la motivation et l’énergie existant au sein de ce public ont été complètement sous-exploitées comme levier de développement personnel et d’émancipation.

B) Perte de crédibilité de la Belgique sur la scène internationale
La Belgique francophone devient le parent pauvre de la danse urbaine en termes d’évènements et d’activités proposées, alors qu’elle était autrefois un pays européen de référence en danses hip-hop dans les années 80-90.

C) Très peu de connexions entre les lieux culturels de la FWB et les danseurs urbains
Qu’il s’agisse d’orientation, d’organisation d’évènements, d’entraînements, ou de programmation de spectacles, notre communauté a énormément de difficultés à établir des connexions avec les lieux culturels de la FWB et à être prises au sérieux par la majorité des institutions francophones. En résulte un fonctionnement basé presque uniquement sur la débrouille et de grosses difficultés à travailler dans des conditions idéales dès que les projets prennent plus d’ampleur.

D) Perte de confiance dans les institutions
Suite à la distance existant entre les institutions et ses citoyens, beaucoup les considèrent comme complètement inopérantes et les perçoivent davantage comme un frein plutôt qu’un soutien. Ce vide renforce donc le fossé entre les institutions et les citoyens, tout en laissant une grande place aux entreprises privées ou à la communauté flamande. En définitive, nous sommes amenés à construire nous-mêmes l’échelle qui nous permettra d’avancer, les institutions viennent, dans le meilleur des cas, en fin de parcours.
En conclusion, alors que notre communauté est parfois déjà discriminée sur le plan social, elle subit également une exclusion du modèle culturel.

E) Risque de récupération de notre culture par la sphère commerciale
Bien que nous considérons que la culture ait sa place dans le monde des entreprises commerciales, il nous semble important qu’elle soit aussi soutenue par le service public au risque de perdre une partie de sa liberté et de son autonomie. En effet, les objectifs des entreprises ne sont pas forcément ceux visés par la communauté qui la porte et cela risquerait d’asphyxier et d’appauvrir son développement.

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Cinquième partie : Pistes et recommandations

Ces recommandations constituent un cadre de référence dans lequel nous aimerions davantage voir évoluer les projets en danse urbaine.

A) Connexion entre les gens du mouvement et les institutions
Nécessité de connexion entre la base du mouvement et les institutions dans la réflexion et la construction des projets et pas seulement en fin de parcours. (cf. chapitre 3 - D, pour plus de détails)

B) Besoin d’une vision à long terme
En plus du ponctuel, nous avons besoin de structurel dans le développement de la danse urbaine. (cf. chapitre 3 - A, pour plus de détails)

C) Transversalité de la discipline
Développer une vision transversale de la discipline et réaliser qu’il s’agit à la fois d’art, de culture, de sport et de social. En effet, notre discipline ne semble parfois pas rentrer dans les cases de l’administration, alors que ce glissement d’un champ à l’autre est une évidence pour tous les acteurs de la danse urbaine. Le battle pourrait s’apparenter davantage au champ sportif (mais pas exclusivement) ; la création de spectacle pourrait rentrer davantage dans le champ culturel ; alors que le travail réalisé par certaines associations pourrait rentrer davantage dans le champ social. Ainsi, un projet en danse urbaine peut servir aussi de levier intéressant dans un contexte de développement personnel, de formation et d’émancipation.

Evidemment, ces trois champs s’entremêlent et se complètent de manière permanente dans la pratique du danseur urbain, et c’est une richesse en soi.

NB : Vous pourrez retrouver des notes contextuelles illustrant les différentes situations qui nous ont poussé à tirer ces constats dans le dossier complet téléchargeable à cette adresse : https://www.impulsion-dance.be/images/photos/blog/etat-des-lieux/Etat-des-lieux-de-la-danse-urbaine-en-Belgique-francophone.pdf

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Signataires

Les associations
Impulsion Dance ASBL, Freestyle Lab ASBL, Timiss, One Nation ASBL, Hip-hop Belgium ASBL, Movin’Art ASBL, Temps Danses Urbaines ASBL, 2MAD Dance Center ASBL, Sous Pression ASBL, Street Family ASBL, Day Of Jam ASBL, Up Zone ASBL, Ice Crew ASBL, Insane Society ASBL, Quetzal ASBL, Hidden Power Artists Association ASBL, Anonym Dance School, Overflow ASBL.

Les crews et compagnies
Impulsion, The Cage, Ronin, 2MAD, Funky Belgianz’, Louvain-Le-Collectif (LLC), Cie Slayers, Cie Okus, Belgium Unity, Kobo Power, BBF 2.0, Wild Fam, The Hakary, R.Fuge, Oni Clan, Shaolin Storm Crew, Wanted Groove.

Les personnes
Yannick Bras, Christopher Ntoutoume, Anissa Brennet, Youness Ait El Cadi, Moustapha Sarr, Zachée Ntambwe Kadinda, Rateb Syassi, Mohamed Azzafi, Walid Boho, Eric Lubukayi, Meldi Abah, Danys Vanderhaeghen, André Van Praet “Milo”, Laurent Gossiaux "Goss'One”, Mrabtifi Yassin, David Vandenplas, Saho, Karim BELHARCH, Ngashi Basanga, Manu Di Martino, Sam Mavinga, Corentin Piquard, Rachid Esserhane, Maglio Mona-Lisa, Angel C. Pierret, Alice De Pauw, Elora Pasin, Hervé Loka, Nouali Yassin, Damien Noudelmann, Archange Mawanda, Haidour Mohamed Raida, Gold Mayanga, Phongsak Christopher Vongsavath, Danilo Lambert, Inès Colson, Christopher Maramuke, Bazah Yasin, Habib Ben Tanfous, Charline Pielquin.